N’y allons pas par quatre chemins : ce jeu est une honte pour la vraie cuisine. Celle qui se pratique avec passion, avec une attention constante, quasi-maternelle, pour ses ingrédients. Dans CSD, aucun besoin de précision ou de délicatesse dans le dosage ou la confection : appuyez sur une touche, et l’ingrédient correspondant est comme balancé sans ménagement dans l’assiette, avec un bruit qui force le dégoût. La cuisine est robotique. Standardisée. Aucune place à la créativité, aux imprécisions, à ce qui fait qu’aucun plat ne sera jamais identique à un autre. Je l’ai dit et je le répète : CSD n’est pas un jeu de cuisine. C’est un jeu de rythme. Et bon Dieu, quel jeu de rythme !


Ayant obtenu CSD en bonus discret d’un bundle complètement hors-sujet, mes attentes étaient loin de crever le plafond. Comme tous les étudiants, la cuisine est loin d’être mon point fort dans la vraie vie, et je n’ai jamais vraiment compté sur les jeux vidéo pour m’y éveiller. Enfin, disons plutôt que lesdits jeux ne faisaient pas beaucoup d’efforts. Mon expérience de jeune joueur est ainsi constellée de jeux flash culinaires douteux lancés par-dessus la jambe, et qui ressemblaient le plus souvent à des copycats de Cooking Mama réalisés par quelqu’un qui n’aurait jamais joué à Cooking Mama.

Mais quoi ? Devais-je faire l’impasse sur ce jeu sous prétexte qu’il voulait me faire découvrir les joies de la cuisson des bananes flambées, et ce malgré les quelques bonnes choses que j’avais entendues à son sujet ? Disposant d’un (petit) peu de temps libre sur les bras, je l’ai finalement lancé ; s’il s’agissait finalement d’un reskin de jeu flash, mon système immunitaire ne manquerait pas de me le signaler. Trois jours et 20 heures de jeu plus tard, je suis l’heureux propriétaire d’un restaurant 3 étoiles, et les subtilités des lasagnes et des plateaux de sushis n’ont déjà plus aucun secret pour moi.

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Le jeu est entièrement en anglais, mais pas besoin d’être bilingue pour comprendre ce qu’il nous demande de faire

Pour comprendre comment CSD m’a transformé pendant un temps en toxicomane de la restauration, autant reprendre tout depuis le début. Après une introduction éclair où on vous explique qu’un jour vous serez le meilleur dresseur (d’assiettes 5 étoiles), le jeu vous enjoint à composer votre menu à partir des quelques plats disponibles et de votre maigre pécule de départ, et en avant Guingamp.

« On comprend vite que CSD cherche à dynamiser le jeu de cuisine »

Aussi bizarre que ça puisse paraître, votre carte aux airs de poubelle de fast-food va rapidement attirer quelques clients. CSD dévoile alors sa particularité dans le petit monde du jeu de cuisine : appuyez sur la touche correspondant à l’ingrédient voulu et celui-ci apparaît comme par magie dans la préparation, ne vous reste qu’à envoyer le tout. Pas de « drag & drop » réaliste mais fastidieux, on comprend vite que CSD cherche à dynamiser le jeu de cuisine. Et ça fonctionne : je ne vous cache pas que le sentiment d’accomplissement est assez puissant quand, après quelques essais, on expédie déjà les homards et autres steaks de bœuf en 2 secondes chrono tel un chef étoilé biberonné au Red Bull.

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Comme tout bon jeu de cuisine, CSD a également un effet collatéral : ça donne très, très faim.

Et il faudra s’y tenir, car le rythme effréné des parties vous laissera peu de moment de répit. Les clients affluent, il faut surveiller les plats en arrière-plan, le restaurant doit être entretenu, il y a tout le temps quelque chose à faire. Préparez-vous d’ailleurs à guetter l’horloge avec appréhension avant la période de « rush », où les vagues de clients se transforment en véritables torrents que vous aurez bien du mal à endiguer. En bref, c’est rythmé, ça exige une attention de tous les instants et ça ne s’arrête jamais.

Je ne pense pas me mouiller en disant qu’il y a des gens a qui ce jeu ne plaira pas. Au-delà de ceux directement hostiles à son principe, l’augmentation de la complexité (même si bien progressive comme il faut) tend à inévitablement transformer une croisière paisible en une descente de rapides infinies. Mais si, comme moi, vous appréciez le challenge, sachez que CSD déborde de moyens de complexifier l’action, et ce – encore mieux – au rythme que vous voudrez. Vous pourrez progressivement débloquer de nouveaux plats, et surtout upgrader ceux que vous possédez déjà, transformant ainsi des recettes bien connues en monstres culinaires. Et impossible de se réfugier dans un menu permanent : la plupart des recettes ne peuvent rester très longtemps sur votre carte avant de lasser la clientèle. Il faut donc la renouveler en permanence, et ainsi aucune partie n’est véritablement la même.

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On a rarement fait aussi étendu en termes de plats disponibles – et encore, les plus exotiques ne sont pas affichés

Si l’intérêt de CSD ne tenait qu’à ces quelques éléments, mon intérêt n’aurait sans doute pas atteint de tels sommets. Il y a deux éléments qui font de lui un jeu d’exception dans son domaine, et qui me donnent envie de lui pincer les joues. Le premier, c’est sa gestion de la frustration. Contrairement aux apparences, les recettes et raccourcis clavier sont très vite mémorisés, et la satisfaction est d’autant plus grande qu’on se met très rapidement à enchaîner les commandes parfaites. Mais le simple fait de rompre la combo devient alors une honte, surtout quand la difficulté n’est pas encore trop élevée et que l’erreur vient seulement d’un moment d’inattention (on lit trop vite, on missclick…). Pourtant, les erreurs n’ont quasiment aucune conséquence négative sur votre réussite ; la sanction ne passe donc pas par le gameplay mais par le joueur lui-même. Si CSD m’a accroché si longtemps, c’est en partie car à la moindre erreur, mon honneur chatouilleux me forçait à lancer une dernière partie pour finir sur un perfect, genre « j’ai missclick comme un idiot, mais cette fois c’est la bonne ».

L’autre idée de génie des créateurs de CSD pour garder le joueur accroché comme une moule à son rocher, c’est la forme du cycle de jeu. En gros, imaginez une courbe dont la longueur représente la durée d’une partie, qui monte quand le joueur est satisfait/récompensé et qui descend en même temps que sa dopamine. Cette courbe dépend évidemment d’une tonne de paramètres, notamment du genre du jeu (réflexion, plateformes, tir) ; mais en général, la plus grosse décharge de satisfaction arrive à la fin, quand le boss est battu ou quand la mission est achevée. Eh bien, la courbe de CSD a plutôt la forme d’un M. Et ça change tout. Vous vous souvenez des « rush hour » dont j’ai parlé plus haut ? Comme dans un restaurant à peu près normal, la plupart des clients vont arriver dans des fenêtres horaires précises ; ici, de 12 à 13 h et de 18 à 19 h. Survivre au rush en maintenant son combo est, en effet, immensément satisfaisant ; mais ce n’est pas la fin de la partie, il reste encore trois heures mon petit bonhomme ! Trois heures pendant lesquelles le rythme revient à la normale, l’adrénaline redescend, le boost de satisfaction s’estompe peu à peu ; et quand la fin de la partie arrive pour de vrai, on sent un manque. On sait qu’on devrait être content, mais la fin du service était beaucoup trop facile pour ça. Alors on relance, en voulant revivre cette satisfaction, pour que l’adrénaline se déverse en nous comme les clients affamés dans notre restaurant. Attention, ça peut rendre accro.

 

Ah oui, j’allais presque oublier de le mentionner : il existe un mode Extrême. N’y jouez pas. Jamais. Ou alors préparez-vous à voir s’ouvrir les portes de l’Enfer, une marée humaine affamée se déversant dans vos cuisines en flammes, piétinant les restes votre âme brisée.

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Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir.

 


Bref…

Je comprends qu’on parle du « Warioware de la cuisine » pour qualifier CSD. Les plats s’enchaînent comme autant de mini-jeux qui sollicitent l’ensemble de vos capacités (rapidité, réflexes, mémoire) ; le rythme est effréné et la satisfaction bien présente. Ajoutez à cela une difficulté modulable à souhait, un nombre impressionnant de recettes et d’améliorations disponibles, et enfin un tas de mini-jeux annexes pour tester encore plus vos capacités. Malgré la répétitivité qui finit par s’installer, le jeu sait pertinemment comment vous retenir prisonnier de sa boucle infernale, et c’est à peine si on lui en veut.

Note : 8/10 (Mention : « J’ai presque envie d’apprendre à cuisiner, tiens »)

 

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