Au milieu de poissons d’avril plus surprenants et cruels les uns que les autres, il est important de rappeler que les annonces les plus inattendues ne sont pas toutes des farces sadiques. Et parmi ces petits miracles qui manquent de passer sous le nez de tout le monde, c’est une déclaration d’Alex Preston qui a embelli ma semaine : Hyper Light Drifter, le RPG Zelda-esque aux pixels resplendissants et à l’ambiance futuriste mystérieuse, va officiellement bénéficier d’une adaptation en série animée !


Rappelez-vous, on avait déjà parlé d’Hyper Light Drifter il y a bientôt deux ans : un jeu indé financé sur Kickstarter au-delà des espérances de son développeur, un gameplay exigeant très réussi, et une esthétique applaudie par la critique. Un destin déjà hors du commun pour la grande masse des jeux indépendants qui se démènent pour attirer l’attention ; ce à quoi s’ajoute aujourd’hui, donc, un projet d’adaptation en série animée. Et pas par n’importe qui, puisqu’on retrouve Adi Shankar (également producteur de l’adaptation de Castlevania sur Netflix) aux manettes.

La série n’en est encore qu’à ses premiers balbutiements, Preston et Shankar étant pour le moment à la recherche de scénaristes selon le site américain Polygon. Néanmoins, certaines questions méritent d’être posées, la plus importante de toutes étant : comment retranscrire en série ce qui fait le charme et l’intérêt de Hyper Light Drifter ? Et est-ce seulement possible ?

En effet, les joueurs de HLD n’auront pas manqué, malgré l’enthousiasme, de hausser un sourcil hésitant à l’annonce de cette adaptation. La faute (paradoxalement) à tout ce qui fait de HLD une expérience si géniale et particulière. Il est par exemple difficile d’imaginer une reproduction fidèle de son style graphique, du moins dans sa dimension pixel art, alors qu’il s’agit probablement de l’élément le plus mémorable du jeu. Mais cet aspect n’est pas le plus problématique : on peut imaginer, à la manière de la série Castlevania, que l’adaptation reprendra les grandes lignes esthétiques du jeu (en termes d’architecture, d’environnements et de couleurs sublimes) tout en les intégrant dans une animation qui suivrait les canons du style anime.

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Qu’importe les pixels, pourvu qu’on ait le design et les couleurs qui claquent.

La véritable difficulté, qu’Alex Preston n’hésite pas à soulever, réside dans la retranscription de ce silence si important à l’expérience que fut HLD. Le mutisme total des personnages, accompagné par des musiques d’un autre monde, seulement brisé par les bribes de sons amicaux émis par certains PNJ ; tout cela contribuait à installer un monde onirique, suspendu dans un temps incertain et un espace labyrinthique.

Faudrait-il pour autant que les deux hommes optent pour une série totalement muette ? A mon sens non, car même en misant sur une expérience plutôt visuelle et musicale (ce qui constitue pour certains le cœur de HLD), les difficultés semblent difficilement surmontables. Il ne s’agit donc pas de nier l’intérêt qu’une telle expérience pourrait avoir, mais d’enjoindre à la prudence pour ne pas griller cette chance unique.

Cette possibilité devrait plutôt être mise à profit pour développer un autre pan du jeu original, donc le caractère cryptique n’a d’égal que la curiosité qu’il génère : l’histoire. Je pense avoir assez insisté sur le mystère qui pénètre le scénario de HLD dans ma chronique, et cette adaptation serait justement l’occasion d’en finir avec les questions et de passer aux explications. Si le mutisme du jeu mettait en valeur le gameplay et laissait le joueur se familiariser avec les logiques de cet univers, il est temps de bâtir sur ces fondations une histoire digne d’un tel monde. L’histoire des Drifter, de ce monde futuriste, de ces technologies qui l’habitent, de ses ténèbres et de ses survivances… Ce ne serait pas pour me déplaire.


On souhaite donc bonne chance à Alex Preston et Adi Shankar. On me signale d’ailleurs que ce dernier travaillerait en parallèle sur une autre adaptation de franchise de jeu vidéo… Un certain DivDiveulmécraille… Un autre jeu indépendant très peu connu, sans doute. Ah la la, quel courage, ce Shankar.